Communisation vs socialisation – Le pas suspendu de la communisation



Le pas suspendu
de la communisation

Le point ultime de l’implication réciproque entre les classes c’est quand le prolétariat s’empare des moyens de production. Il s’en empare, mais ne peut se les approprier. L’appropriation effectuée par le prolétariat ne peut en être une car elle ne s’accomplir que par sa propre abolition comme classe. (L’auto-organisation est le premier acte de la révolution, la suite s’effectue contre elle)

L’emparement des éléments du capital, appropriation ou communisation

La question de la communisation est celle du dépassement par le prolétariat, ou plutôt par les prolétaires, de la défense de leur condition et donc de leur implication réciproque avec le capital en une activité d’emparement du capital qui soit non pas une socialisation, c’est-à-dire un mode de gestion de l’économie, mais la constitution d’une communauté d’individus qui soient immédiatement ses constituants. Les sociétés, c’est-à-dire les communautés dominées et représentées par une classe constituent l’unité des individus qui en sont membres, mais ces individus ne sont membres de ces sociétés qu’en tant qu’individus moyens d’une classe ; les individus singuliers n’ont pas d’existence sociale. La communisation se fait au travers de l’emparement des moyens de subsistance, de communication, de transport et de production au sens restrictif. La communisation des rapports, la constitution de la communauté humaine/le communisme se réalise pour, dans et par la lutte contre le capital, dans cette lutte on ne peut pas opposer la prise en main des moyens matériels et la transformation des prolétaires en individus immédiatement sociaux : il s’agit d’une seule et même activité, et cette identité est donnée par la forme actuelle de la contradiction prolétariat/capital. La différence radicale avec la socialisation, c’est qu’il ne s’agit pas d’un changement du statut de la propriété des moyens matériels. Il n’y a pas, dans la communisation, appropriation des biens par une quelconque instance : État, commune, voire conseil, qui représente, qui domine les prolétaires en action d’expropriation du capital et qui en fasse ainsi une appropriation. Un changement de régime de propriété est la constitution d’une nouvelle forme d’économie, nommément le socialisme, même s’il prenait le nom d’économie solidaire. Lorsque le socialisme était réellement possible cela renvoyait le communisme à la fin des temps, c’était en fait l’impossibilité du socialisme à être ce qu’il prétendait : l’étape transitoire au communisme, le socialisme était finalement la contre-révolution adéquate à la seule révolution réelle de la période. La communisation ne constitue pas une économie, elle se sert de tout mais n’a pas d’autre but qu’elle-même. La communisation n’est pas lutte pour le communisme, elle est le communisme qui se constitue contre le capital.

L’intrication de la communisation et de la socialisation

Si l’action communisatrice est le débouché de la lutte de classe dans la crise révolutionnaire, la même action d’emparement peut être, comme on l’a vu, communisation ou socialisation. Toute action de ce type peut prendre l’une ou l’autre forme, tout dépend de la dynamique, tout dépend du cadre en constante transformation, c’est-à-dire que tout dépend de la lutte contre le capital, qui s’approfondit et s’étend ou ralentit et périclite très vite. Tout dépend aussi de la lutte dans la lutte contre le capital. La constitution du communisme est intriquée avec la constitution d’une forme ultime d’alternative socio-économique capitaliste. La tendance à la constitution d’instances cherchant à faire de l’emparement des moyens matériels une socialisation économique et politique sera permanente jusqu’à la communisation complète. Cette permanence d’un frein, pouvant être utilisé par la contre-révolution capitaliste, au sein du mouvement de la révolution, c’est l’existence jusqu’au bout d’une dimension d’affirmation et de libération du travail, car le mouvement de la révolution est et reste un mouvement de la classe du travail même dans le dépassement des activités comme travail. Le maintien de cette affirmation est produit par l’existence non encore abolie du capital, tant que le capital existe face au prolétariat, même au prolétariat en train de l’abolir, c’est-à-dire en train de s’abolir lui-même, le prolétariat conserve une positivité, même si cette positivité du travail n’est plus confirmée par le capital, elle est réactivée dans le procès révolutionnaire puisque la reproduction sociale devient dans ce procès dépendante de l’action des prolétaires.

Le passé des révolutions ne nous montre que trop que « le drapeau rouge peut être agité contre le drapeau rouge », jusqu’à l’arrivée des corps francs

Le capital « n’hésitera pas » à proclamer à nouveau que le travail est « la seule activité productive » pour arrêter le mouvement de son abolition et mieux le remettre à sa botte dès qu’il pourra. Le seul dépassement de cette dimension c’est la victoire de la communisation, qui est l’abolition acquise de la classe capitaliste et du prolétariat. Le dépassement de cette contre-révolution ne sera pas toujours irénique, il ne se fera pas toujours « dans le mouvement », ne sera pas une version vraie et accélérée du « dépérissement de l’État » prévu dans le socialisme. Toute forme étatique ou para-étatique fera toujours tout pour se maintenir au nom même de la nécessité de son dépérissement ultérieur ! Cette sclérose et cette perpétuation ne sont pas des « tendances contre-révolutionnaires au sein de la révolution », mais La contre-révolution. La contre-révolution capitaliste face à la révolution.

Le communisme ne lutte pas contre la démocratie, mais la contre-révolution se veut démocratique

C’est au nom même de l’abolition des classes que la démocratie radicale fera tout pour maintenir ou restaurer des structures électives, selon elle nécessaires pour éviter la constitution d’une nouvelle couche dirigeante auto-instituée et incontrôlée. La constitution du communisme est intriquée à la constitution d’une forme ultime du socialisme même si le mouvement qui le portait, le mouvement ouvrier, a définitivement disparu.

La lutte pour « ramener à la raison » les fractions du prolétariat les plus actives dans l’expropriation du capital, sera d’autant plus violente qu’elle se présentera comme la défense de la révolution démocratique, refusant que des « minorités » ne compromettent les acquis de la majorité.

La défense des acquis c’est la possibilité d’une phase de contre-révolution

La communisation n’aura jamais d’acquis, toutes les expropriations constituant la communauté immédiate seront remises en cause en tant que pures expropriations, prise en main sauvages, elles seront proclamées socialisations dès que le mouvement ralentira, et que se constituera une instance para-étatique, pour défendre ce qui, à ce moment-là, apparaîtra comme des acquis et comme des é1éments de la constitution d’une possible nouvelle économie. La classe se reconnaît elle-même comme divisée et diverse pour s’abolir ; l’abolition du prolétariat comme dissolution des autres classes implique le besoin interne pour le prolétariat de ces autres classes, de les absorber en les dissolvant, en même temps que la contradiction avec elles. La communisation vit constamment dans les conditions de sa sclérose. Tout se passera sur le plan géographique, sur le plan horizontal, et non sur le plan sectoriel différenciant les types d’activités. Les limites seront partout et l’intrication généralisée révolution/contre-révolution se manifestera dans des conflits multiples et chaotiques. Le prolétariat s’abolit dans la communauté humaine qu’il produit. Ce sont les contradictions internes et dynamiques d’un tel processus qui sont le contenu et la force de la contre-révolution, parce que dans chacune d’elles c’est le capital qui peut se régénérer. Parce que pour la classe s’abolir c’est dépasser son autonomie : là résident le contenu et la force de la contre-révolution capitaliste.

L’extension est le mouvement de la victoire, le ralentissement celui de la contre-révolution

La lutte du capital pour reprendre le contrôle social sera double sans que cela soit une stratégie. D’une part les États lutteront pour rétablir leur domination et relancer l’exploitation, d’autre part la société capitaliste se maintiendra sur des bases totalement ambiguës de pouvoirs populaires et d’autogestion. En subsomption formelle, l’intégralité du produit du travail a longtemps été une revendication ouvrière, elle trouve là une nouvelle jeunesse et constitue un contenu idéal à la reproduction des rapports capitalistes et une base de résistance « solide » face à la communisation, ces fractions pouvant se combattre ou s’allier, en fonction de la situation et donc du développement du mouvement de communisation. L’action de la classe capitaliste pourra être tout autant militaire que faite de contre-mesures sociales et de constructions de conflits fondés sur les capacités du mode de production capitaliste que la révolution elle-même pousse à des développements imprévisibles, de la résurrection de l’esclavage à l’autogestion, mais surtout sa reproduction s’éparpillera au plus près de la révolution, se reproduisant dans tous les moments où la communisation est amenée à se scléroser de par sa propre nature, en simple organisation de la survie des prolétaires, en socialisation. La classe capitaliste peut tout autant centraliser son action contre-révolutionnaire dans l’État que décentraliser l’affrontement en le régionalisant, découpant les classes en catégories sociales, en l’ethnicisant même, car une situation de crise est aussi un conflit intercapitaliste. Si dans un conflit intercapitaliste l’une des aires capitalistes parvient, au travers de la dévalorisation générale de la crise, à représenter une solution globale pour tous les capitaux, elle la représentera aussi pour les vaincus.

La révolution ne l’emportera pas en droite ligne

Des fractions du prolétariat insurgé seront écrasées, d’autres seront « retournées », se ralliant à des mesures conservatoires de survie, d’autres insurrections prendront le relais. Certaines fractions retournées/engluées relanceront les expropriations sauvages, et l’organisation de la lutte par ceux qui luttent et uniquement pour la lutte, sans représentation, sans contrôle par quiconque au nom de quoi que se soit, reprenant la constitution du communisme, qui n’est pas un but de la lutte mais le contenu de la lutte. Les idéologies contre-révolutionnaires seront nombreuses, à commencer peut-être par celle de la survie de l’économie : préservons des mécanismes économiques, ne détruisons pas toute logique économique, pour pouvoir en construire une nouvelle ensuite. La survie de l’économie c’est la survie de l’échange, que cet échange utilise l’argent, toutes sortes de bons, ou même simplement le troc, qui peut se parer du nom d’entraide ouvrière ! La gratuité, l’absence complète de comptabilité de quoi que ce soit, est l’axe autour duquel la communauté révolutionnaire se construit, seule la gratuité peut permettre de rassembler toutes les couches sociales non directement prolétaires qui se délitent dans l’hyper crise, et ainsi d’intégrer/abolir les individus non directement prolétaires, tous les « sans-réserve » (y compris ceux que l’activité révolutionnaire aura réduits à cette condition), les chômeurs, les paysans ruinés du « tiers monde », les masses de l’économie informelle. Il s’agit de dissoudre ces masses en tant que couches moyennes, en tant que paysans, de briser les relations de dépendance personnelle entre « patrons » et « salariés » ou la situation de « petit producteur indépendant » à l’intérieur de l’économie informelle, en prenant des mesures communistes concrètes qui contraignent toutes ces couches à entrer dans le prolétariat, c’est-à-dire achever leur « prolétarisation »…

Les prolétaires qui communisent la société ne font pas du « frontisme », ils ne cherchent pas un programme commun aux victimes du capital. S’ils font du frontisme ils sont morts, s’ils restent seuls ils sont morts aussi. Ils doivent affronter toutes les autres classes de la société en étant la seule classe à ne pas pouvoir, pour triompher, demeurer ce qu’elle est. Les mesures de communisation sont l’abolition du prolétariat parce que, outre son unification dans son abolition, elle sont son abolition. Elles dissolvent les bases d’existence (qui sont par là absorbées dans le procès de communisation) d’une multitude de couches intermédiaires (l’encadrement de la production et de la reproduction capitaliste) et de millions (milliards ?) d’individus qui sont exploités par le biais du produit de leur travail et non de la vente de leur force de travail. Aussi bien au niveau des régions qu’au niveau mondial, la communisation aura une action qu’on pourrait appeler « humanitaire », même si ce terme est actuellement imprononçable, car la communisation prendra en charge toute la misère du monde. L’activité humaine comme flux est la seule présupposition de sa poursuite collective, c’est-à-dire individuelle car, présupposition d’elle-même, elle ne sait pas ce qu’est un produit et peut donc donner à pleines mains. Le prolétariat, agissant en tant que classe, se dissout comme classe dans ces emparements, parce que dans ces emparements il dépasse son « autonomie ».

Démocratie et économie solidaire seront les deux grandes constructions idéologiques à abattre

Démocratie et économie solidaire se combineront avec d’autres systèmes en fonction des lieux. Elles se combineront surtout avec l’idéologie de communautés qui peuvent être les plus diverses : nationales, raciales, religieuses. Probablement plus dangereuse, la constitution de communautés locales, spontanées et inévitables (« On est chez nous »). Ces communautés seront déclinées à l’infini et ces idéologies peuvent prendre toutes les couleurs politiques : conservatrices, réactionnaires, démocratiques et bien sûr, avant tout révolutionnaires, et là l’intrication révolution/contre-révolution est la règle. Car il n’y a pas de situation qui, saisie unilatéralement, soit sans issue pour le capital. C’est l’action du prolétariat qui fera que le capital ne peut produire un mode de valorisation supérieur, dont il peut toujours trouver les conditions dans toute crise et tout affrontement avec le prolétariat. De ces trois points de vue :

* diversité, segmentation du prolétariat ;
* dissolution et absorption de multiples couches exploitées en dehors d’une subsomption directe de leur travail sous le capital ;
* conflits intercapitalistes embarquant le prolétariat, pour lequel ces conflits ont un sens intégrateur et reproducteur.

De tout cela résultent la puissance et le contenu de la contre-révolution, puissance et contenu en liaison directe avec les nécessités immédiates, empiriques, de la communisation (ses contradictions dynamiques ou les contradictions de sa dynamique).

Il n’y a pas de lutte idéologique, la lutte pratique est théorique

Il ne faut pas imaginer la lutte anti-idéologique comme différente de la communisation elle-même, c’est dans la communisation que se combattent les idéologies, parce qu’elles font partie de ce que le mouvement abolit. La constitution du communisme ne peut échapper à des affrontements violents avec la contre-révolution, mais ces aspects « militaires » ne déboucheront pas sur la constitution d’un front, si un tel front se constituait la révolution aurait perdu, au moins là où ce front se situerait, et jusqu’à sa résorption. La révolution sera à la fois géographique et sans fronts, les départs de communisation seront toujours locaux et en expansion immédiate et très rapide, comme des départs de feu, même éteints ces feux couveront sous l’autogestion et les communautés citoyennes. Le communisme sortira d’un immense pugilat, le processus de communisation sera bien une période de transition, mais pas du tout une période calme de construction socialiste et/ou démocratique entre une période chaotique révolutionnaire et le communisme, mais le chaos même entre le capital et le communisme. Il est clair qu’une telle anticipation, bien que raisonnée, n’a rien d’emballant ! Ce n’est ni la barbarie, qui n’a pas de sens, ni la voie royale des lendemains qui chantent ! C’est une perspective qui s’ancre dans la situation actuelle du capital et des luttes, dans la lutte actuelle entre le prolétariat et le capital restructuré dans sa crise. C’est une perspective qui pose le dépassement de ces luttes, non en droite ligne, mais dans un approfondissement de la crise du capital actuellement en place.

L’intrication révolution/contre-révolution implique toute l’organisation que se donne le mouvement de la lutte de classe. Une coordination, un collectif ou toute autre forme, peuvent être la lutte organisée, ou tendre à une représentation de cette lutte, et à évoluer, dans une situation de délitement de l’État, vers une forme para-étatique. Il ne s’agit pas d’une opposition entre organisation et spontanéité (tout est toujours spontané et organisé) mais de l’opposition entre expropriation et appropriation, communisation et socialisation, cette dernière nécessitant que la société existe c’est-à-dire qu’elle soit différenciable « des gens », de ces « gens » dont nous allons parler maintenant. Dans les luttes en 2003 en France, on avait vu les prolétaires construire entre eux ce qu’on peut appeler une intersubjectivité, non soumise aux syndicats, les laissant organiser une représentation purement scénique de cette unité. Cependant la lutte n’a pas dépassé la limite générale de ce qu’elle était à l’époque, le démocratisme radical : consolidation politique des limites de la lutte en tant que classe, en proposant des solutions aux « problèmes du capital », par exemple la « défense des services publics ». C’était bien une inter-subjectivité en ce que c’étaient des sujets (prolétaires encore) en lien face à leur objet le capital. En Grèce en 2008, l’émeute est fondamentalement intersubjectivité. Se confrontant à la question de la démocratie, l’intersubjectivité des émeutiers grecs se confrontait, par l’absence de revendication, à l’appartenance de classe comme contrainte extérieure, au-delà de la forclusion que représente le démocratisme radical. Dans le mouvement d’abolition du capital il y a désobjectivation de celui-ci, il y a abolition du rapport sujet-objet, du rapport capital-prolétariat. (Rappelons que cette abolition est le contenu du processus révolutionnaire , la communisation, et que tant qu’il n’est pas achevé on a toujours ce rapport sujet-objet, même si le sujet et en train d’abolir son objet en tant que tel, c’est dans ce rapport que l`abolition se fait, c’est-à-dire que les prolétaires abolissent le capital qui les fait prolétaires, purs sujets face à l’objet, la société capitaliste tout entière ). Le processus révolutionnaire de désobjectivation du capital est donc aussi processus de destruction de la subjectivité séparée du prolétariat, c’est ce processus que nous désignons comme autotransformation des prolétaires en individus immédiatement sociaux. Cette transformation n’est jamais acquise avant d’être achevée, en ce sens ce sont des prolétaires qui font la révolution jusqu’au bout, parce que jusqu’au bout ils abolissent le capital qui les fait prolétaires.

La communisation et la socialisation ne forment pas une contradiction

La contradiction reste capital-prolétariat, elle ne devient pas une contradiction interne au prolétariat, même s’il y a un devenir de totale opposition entre les deux perspectives, elles sont intriquées et prises toutes deux et ensemble dans la contradiction capital/prolétariat. La lutte du prolétariat contre le capital devient abolition des classes par l’expropriation du capital mais cette action même, dans son opposition au capital, redonne une force à l’affirmation du travail quand elle est stoppée par la classe capitaliste (c’est là qu’existent les acquis qu’on a vus). Cette affirmation provisoire et par défaut du travail, avance bien un état social, dont le devenir serait un État social donc une forme contre-révolutionnaire, le mouvement du prolétariat doit dans ce cas s’opposer à ce qu’il vient de poser. Le procès d’autotransformation en individus immédiatement sociaux peut, dans la lutte contre le capital et donc contre la classe capitaliste, être aussi une lutte contre des prolétaires défendant la condition prolétarienne. Lutte de la communisation contre la socialisation.

La contre-révolution se construit sur les limites de la révolution

C’est ce que ce texte essaye de montrer un peu plus « concrètement ». Dans la période où eurent lieu les tentatives révolutionnaires de 1917 à 1937, la structure générale de la contradiction capital/prolétariat, portait l’affirmation de la classe du travail et donc la construction du socialisme. Maintenant la contradiction porte la mise en cause de l’appartenance de classe et donc la structure générale pose la communisation. Cette structure n’empêche pas que les limites existent toujours, même si le sens du mouvement en est le dépassement. La limite est consubstantielle à chaque mesure révolutionnaire et cette limite n’est dépassée que dans la mesure suivante, c’est le caractère de classe du mouvement de communisation qui est sa limite, il est le dépassement de son propre caractère limité, puisqu’il est abolition des classes et donc du prolétariat.

Le prolétaire est l’individu privé d’objectivité, dont l’objectivité est face à lui dans le capital, il est réduit à la pure subjectivité, il est sujet libre, porteur d’une force de travail ne pouvant devenir travail en acte qu’après avoir été achetée, et donc mise en œuvre par son propriétaire capitaliste. Le sujet libre de tout est relié à l’objectivité en soi, le capital fixe, qui subsume sa force de travail, se la soumet et se l’incorpore dans le procès de travail. L’abolition du capital c’est l’abolition de l’objectivité en soi, dans l’emparement des moyens matériels, et l’abolition du sujet prolétaire dans la production de l’individu immédiatement social. C’est ce que nous appelons la désobjectivation et désubjectivisation simultanées produites par l’emparement de la totalité sociale, action qui la détruit comme distincte des individus. La totalité distincte c’est la société indépendante, de par sa division en classes, et sa représentation dans la classe dominante. L’abolition des classes c’est l’abolition de la société, la création de la société socialiste voire « communiste », c’est toujours et encore le maintien de l’indépendance de la communauté par rapport à ses membres, qui ne sont sociaux que par la médiation de la société. La communisation c’est la fin de toute médiation entre les individus et leurs groupements affinitaires constamment changeants, mais dans la révolution il y a encore médiation par le capital, puisque l’activité est abolition du capital ! La communisation en tant qu’elle est médiée par son objet même, porte toujours la possibilité que sa médiation s’autonomise, dans la constitution de la révolution en structure différente de l’action révolutionnaire. Sans cesse cette tendance existera, qui est l’institutionnalisation de la révolution et la victoire du capital. La communisation est révolution dans la révolution, dépassement de l’autonomie de classe, mais révolution et contre-révolution ne cessent pas d’être face à face. La marche de la communisation est celle d’un funambule.

juin 2009